A chacun son phrasé

« On les peut mettre premièrement comme vous avez dit : « Belle Marquise, vos beaux yeux me font mourir d’amour ». Ou bien : « D’amour mourir me font, belle Marquise, vos beaux yeux ». Ou bien : « Vos yeux beaux d’amour me font, belle Marquise, mourir ». Ou bien : « Mourir vos beaux yeux, belle Marquise, d’amour me font ». Ou bien : « Me font vos yeux beaux mourir, belle Marquise, d’amour. »
Le Bourgeois gentilhomme (1670)

Le phrasé, ça change tout ! direct, simple ou ampoulé, il est très souvent le reflet de nos personnalités -et de notre éducation-. Et faute de savoir causer, il faut savoir se taire.

Un sujet sur lequel je suis très à cheval, si vous me permettez. Je suis une amoureuse du français autant que Jean d’Ormession. Je sais, je sais, la comparaison est un peu prétentieuse !

En 1938, Jean Gabin déclarait à Michèle Morgan : « t’as d’beaux yeux, tu sais ».

Et aussi, plus bleu de tes yeux de Piaf, les mirettes de Montand et d’autres phrases moins célèbres et oubliées.

Evolution… révolution… Non, moi je suis une résistante, je me range à l’affirmation de Nicolas Boileau (à l’époque de Corneille) :
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. »

Rien ne résiste au génie du verbe. Cette inquiétante normalité de la médiocrité verbale me fait un peu peur et me rend malade. Saperlipopette, j’aime bien le parler macronien, à la fois populaire et recherché ! Surprenant.

Et le parler lyonnais, alors ? c’est un délice, pensez donc. Guignol et Gnafron font toujours rire petits et grands et leurs propos sont toujours à la mode de chez nous.

texte emprunté
à la Société des Amis de Lyon et de Guignol

Pour fair’ la bugne lyonnaise
Faut de farine et de froment,
Puis, retroussant sa manche à l’aise
On y pitrogne vivement ;
D
u beurr’ des oeufs, un peu de  blanche,
O
n roule tout ça sur la planche

(Bis) Ah ! ah ! ah ! oui vraiment
Faire une bugne, c’est canant 

Pis, dans une bassine immense
On y fait bouillir du saindoux,
Ou bien de l’huile de Provence,
Comme on voudra, selon son goût ;
Séparant la pâte en couronne
O
n la jette quand ça bouillonne.

(Bis)  Ah ! ah ! ah ! oui vraiment
De fricasser, c’est rigolant 

L’on fait chaudir quéques secondes
Pendant cinq à six tours de boût.
Comme Vénus sortant des ondes
La bugne est blonde de partout
Et tout comme cette déesse
              La bugne aussi donne l’ivresse                    

(Bis)   Ah ! ah ! ah ! oui, vraiment            

De la croquer, c’est énivrant

Les bugnes lyonnaises

 

Et vous, comment phrasez-vous ?
La discussion est ouverte !

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