L’atelier 320 de Leiloona

Leiloona-une photo qq mots

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Leiloona change les règles de cet atelier d’écriture. Désormais, elle proposera une photo mensuelle.

Pour ce lundi, elle a choisi une photo de Tony Wan

Leiloona-320e-Tony Wan

En visite, jeudi dernier, à la Maison des Canuts, à la Croix-Rousse (mes pensées se sont envolées vers les couples de PassiFlore et de Maryline), dans l’atelier où le bistanclaque tissait doucement une pièce de soie fleurie, une idée s’est imposée et mon billet a germé, mi vrai mi faux !

 

Le 2 novembre prochain, Iwasaki revêtira son kimono pour souffler ses soixante-dix bougies. Plié dans du papier de soie, l’habit et le obi qu’elle nouait dans le dos ont subi sans dégât tout ce temps passé depuis qu’elle avait décidé d’abandonner son métier de geisha pour se marier.

Cette étoffe fleurie, sensuelle et raffinée, cette soie fascinante autant que résistante, la mènera, encore une fois -elle le sait- bien loin de la fête qu’elle a décidé d’organiser pour ses amis.

Plus d’une fois dans ses jeunes années, elle s’est glissée, en secret, dans la vie de Xi-Ling-Chi, cette princesse chinoise qui, plus de deux mille ans avant Jésus-Christ, a déroulé ce fil si long et si délicat d’un cocon tombé dans sa tasse de thé, alors qu’elle s’abritait sous un mûrier dans le jardin du palais impérial.

Combien de fois s’est-elle prise pour cette déesse de la soie, dans la maison de thé où elle pratiquait l’Art de la conversation, plutôt que celles de la musique ou de la danse. Son métier de dame de compagnie qu’elle a tant aimé, n’a pourtant duré que quelques courtes années mais ses souvenirs sont toujours aussi neufs et colorés.

cocon soie
photo du Net

Combien de fois a-t-elle imaginé ces milliers de petites chenilles accrochées aux branches des mûriers qu’elles grignotaient avant de baver leur fil précieux pour s’enrouler et mourir sans douleur dans un sarcophage de douceur.

Pour la dernière fois, peut-être, Iwasaki se glissera dans la peau d’une poupée immobile, elle fardera de blanc son visage, peindra ses lèvres, et se fera confectionné un chignon orné de ses peignes et ses épingles à cheveux, bien rangés dans le carton qui protège son dernier kimono.

Redeviendra-t-elle, ce 2/11/2019, cette Xi-Ling-Chi tant rêvée, tant enviée, si vivante dans la légende et dans son esprit ?…