Histoire insolite

Ce pourrait bien être une nouvelle rubrique, éphémère peut-être, le temps de découvrir quelques curiosités de notre Histoire de France, racontées par l’incroyable Stéphane Bern.

Mon Amie BaBaYaYa, qui me connaît bien, m’a offert un livre qui peut se lire en tranches ! Toujours pressée mais toujours prête à potasser, ce cadeau est idéal !

« Pourquoi sont-ils entrés dans l’Histoire ? » et donc dans le dictionnaire…

« A quoi donc reconnaît-on un personnage réussi ? Quand son nom propre devient un nom commun » selon Frédéric Beigbeder.

Dédale, poubelle, kir, sandwich, bottin, massicot, etc. derrière ces mots se cachent des destins.

A la page 69, SB raconte la petite histoire de Sébastien Bottin

Sébastien Bottin

« Comment un curé a-t-il créé l’annuaire ?

Il est loin le temps où l’on s’engouffrait dans cette étrange boîte de verre nommée « cabine téléphonique ». Avant d’insérer les pièces pour déclencher le signal, on s’emparait d’un énorme livre qui reposait près du combiné. Ce volume au millier de pages souvent cornées ou même déchirées, appelé alors « annuaire » ou « Bottin », nous était bien utile pour trouver le numéro d’un correspondant… Ce temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, vous vous en souvenez peut-être.

Savez-vous qu’il ne serait sûrement jamais advenu sans l’invention d’un curé lorrain révolutionnaire né en 1764 ?

Pour comprendre l’histoire du Bottin et de son origine, il faut remonter en 1700, date de publication d’un ouvrage un peu particulier. Il ne s’agit pas de textes poétiques ou religieux mais d’un recueil administratif présentant, chaque année, dans l’ordre officiel des préséances, la liste des membres de la famille royale et des hauts fonctionnaires de l’Etat. Si sa lecture est clairement rébarbative, il est un véritable succès de librairie : quiconque veut se rapprocher de la Cour a, en effet, intérêt à connaître l’organisation de l’Etat !
Lorsque éclate la Révolution française dans les Ordres, Sébastien Bottin signe la Constitution civile du clergé avant d’être nommé curé constitutionnel dans sa Lorraine natale. A 32 ans, après des études de statistiques, science alors toute récente et destinée aux compagnies d’assurances, SB a l’idée de répertorier les entreprises dans un annuaire afin de faciliter les échanges commerciaux en s’inspirant de l’Almanach royal. Il fonde  la Société de l’almanach du commerce et publie annuellement l’Almanach du commerce de Paris et des principales villes du monde.

Bien que très utile, cette nouveauté ne le rend pas riche et, lourdement endetté, il meurt en 1853. L’histoire aurait pu s’arrêter là si la Famille Didot n’avait pas repris le flambeau. Profitant de l’arrivée d’une nouvelle technologie, le téléphone, l’entreprise lance l’annuaire téléphonique dès 1880. Cet annuaire, désigné sous le terme de « Bottin », est un véritable succès !

En 2011, la rue Sébastien-Bottin, dans le 7e arrondissement de Paris, devait être rebaptisée « rue Gaston-Gallimard », à l’occasion du centenaire de la maison d’édition dont les locaux sont sis au numéro 5. Levée de boucliers chez les défenseurs de Monsieur Bottin ! Grâce à leur détermination, seule une portion de la rue Sébastien-Bottin est devenue Gaston-Gallimard. Le prêtre révolutionnaire et inventeur de l’annuaire commercial a donc toujours une rue à son nom, même si elle est bien plus petite qu’avant.

Quant au Bottin papier lui-même il est relégué au rang de relique, rattrapé par le progrès numérique. »
bottin