Jeudi en Littérature

Philippe Delerm est un auteur de référence pour le Gone du Sud.
J’aime bien aussi cet auteur.
La semaine dernière, durant mes mini-promenades, je délaissais les allées à l’ombre pour marcher au soleil -il ne faut pas oublier de se faire quelques cures de luminothérapie, c’est essentiel pour le moral- et j’ai repensé à l’un des livres de Philippe Delerm, Le trottoir au soleil.

4e de couverture : « A soixante ans on a franchi depuis longtemps le solstice d’été. Il y aura encore de jolis soirs, des amis, des enfances, des choses à espérer. Mais c’est ainsi : on est sûr d’avoir franchi le solstice. C’est peut-être un bon moment pour essayer de garder le meilleur : une goutte de nostalgie s’infiltre au coeur de chaque sensation pour la rendre plus durable et menacée. Alors rester léger dans les instants, avec les mots. Le solstice d’été est peut-être déjà l’été indien, et le doute envahit les saisons, les couleurs. Le temps n’est pas à jouer ; il n’y a pas de temps à perdre. »

En choisissant le côté du soleil malgré toutes les ombres, Philippe Delerm distille dans ces brefs récits le temps qui passe. Il nous livre mieux que personne l’essence de ces petits riens qui composent la vie.

Le trottoir au soleil
J’ai une pensée émue pour tous les futurs mariés obligés de reporter leur cérémonie de mariage. Une vraie cata car un mariage ça se prépare pendant mois et là patatras !
Leur faut tout annuler… Et dans le pire scénario, certains mariages n’auront jamais lieu…

pages 18-19 : On n’est pas invité !

« On en croise les samedis de printemps. Quand il fait beau, on dit : « ils ont de la chance. » Mais c’est une bien plus grande chance de ne pas faire partie du mariage. Rien de pire que le bonheur obligatoire. Tout le monde est là, gourmé, empesé, en petits groupes souriants et gênés sur l’esplanade de la mairie ou le parvis de l’église.
La conversation ne prend pas, car on attend les mariés, dans une focalisation si appuyée que leur apparition muselle un peu les commentaires enthousiasmes. Après la cérémonie, il y a le soulagement de prendre les voitures. Au moins du mouvement, un bol d’air. Les hommes se précipitent dans un élan qui donne un semblant de souplesse au port amidonné de leur costume. « On vous emmène, Christiane ? » Les femmes posent une main sur leur chapeau. Dans l’habitacle refermé, on va enfin se lâcher à grands coups de klaxon. C’est loin ? Non, quelques kilomètres, il y a un jardin au bord de l’eau. Ils y sont venus jeudi prendre les photos. 
Après, il y a les petites tables rondes, et, quand on a trouvé son carton, l’inquiétude d’avoir à estimer l’intensité de la contrainte à la lecture des cartons voisins. Ca, c’est quand on est ami seulement, ou dans la famille éloignée. Il va falloir alors lancer à tout moment des c’est joli, des c’est très bon, et des ils sont très beaux, en lançant les prolégomènes d’une conversation artificielle, si éprouvante quand on se dit qu’on ne reverra sans doute jamais ces gens-là, et qu’il faut pétiller d’assentiment juste pour une fois.
Mais c’est bien pire encore quand on est au coeur de la cible. Les mariés ne savent jamais si tout le monde est satisfait, qu’est-ce qu’elle veut ta mère, elle pense qu’il faut qu’on se lève pour aller faire le tour des tables. Avant, après, il y a d’âpres luttes entre les familles à propos du Sancerre et du croustillant de foie gras. Le montage vidéo souvenir de l’école de commerce réjouit grandement le côté d’Hélène, mais le côté de Christophe est plus pincé, on ne le voit presque pas. Après la pièce montée, la sono suscite des commentaires aigres-doux, mais c’est pratique quand on n’a plus rien à se dire, dans le genre 4 x 4 et marathon j’m’éclate, ils sont gratinés ceux deux-là.
Ca se passe toujours comme ça. Il fait beau. C’est merveilleux, on n’est pas invité. »

18 réflexions sur “Jeudi en Littérature

    1. Coucou Uncle Dan
      En effet, mieux vaut être des fois évité que de subir 😉
      Ca va ?
      Tu te prépares à confiner plus longtemps ? 😆
      Soyons forts, nous les « vieux »
      Foi de Soène !
      Bonne fin de semaine et e-bises ensoleillés

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    1. Bravo Marla pour ton engagement.
      Tu ne peux plus faire d’ateliers en ce moment, je présume.
      La lecture de Ph. Delerm apporte beaucoup de sérénité.
      Je vais aller te lire 😆
      Bonne fin de semaine et e-bisous

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  1. Delerm, oui c’est excellent !
    Je n’ai pas lu celui-là qui me fait envie ! Je vais le télécharger sur ma liseuse ! (Ça tombe bien, je viens de finir « Travail soigné » de Lemaitre : outchhhh! Ça décoiffe, âmes sensibles s’abstenir ! )

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    1. Hello Antiblues
      J’en ai lu un autre de lui que j’avais aimé aussi.
      Fini Couleurs de l’incendie de Lemaître, le 2e de sa trilogie, bof, sans saveurs…
      Mais je crois que je l’ai déjà dit ? 🙄 😳
      e-bises ensoleillées

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