Jeudi en dictée

4 juin : « Il est impossible qu’on ne parvienne point à sentir que dans son chat, on possède un ami de très bonne compagnie. »
François-Augustin Paradis de Moncrif

maîtresse

Les collégiens sont à nouveau au boulot, enfin pour les 4e et 3e si j’ai tout bien suivi. Alors une dictée sera la bienvenue pour cette courte reprise avant les vacances d’été 🙄

 

dictées

Pour la dictée, les Aminautes sont invitées/és à se joindre aux élèves pour plancher sur ce texte savoureux de Bernard Pivot, spécialiste des dictées de concours.

Après l’avoir simplement recopié, je pense avoir mis la barre un peu haut (je me serais trouvé des fautes !)

« Les mots ont la bougeotte. Seuls ou groupés, ils forcent les frontières, passent par-dessus les vallons, les vallées et les puys, s’immiscent dans nos fourre-tout, voyagent avec nos nippes et nos affûtiaux. Voudrait-on les empêcher de s’envoler tous azimuts que cela se révélerait inopérant. Car les mots sont cachés dans notre bouche, embusqués derrière nos quenottes, notre luette et nos amygdales.
Sitôt arrivés à Montréal, à Canberra ou à Kinshasa, à peine avons-nous, les uns ou les autres, desserré les lèvres, que les mots, pressés de s’égailler dans la nature, s’échappent comme des étourneaux. Les mots sont d’infatigables globe-trotteurs.
Ils se jouent des fouilles et des censures. Les mots sont libres comme l’air. Mais, de tout temps, les mots se sont battus pour vivre. Que de verbes et d’adjectifs, frappés d’obsolescence, se sont retirés du trafic !
Que d’onomatopées se sont ressemblé*, concurrencées, apostrophées, nui, exclues ! Que de substantifs caducs et prétentieux de petits-maîtres se sont laissé supplanter par les mots succulents des rastaquouères ! Le vocabulaire détonnant et drolatique des sans-culottes a eu l’heur de régénérer substantiellement la langue. Tes esbroufes d’hier, ô ma langue ! sont devenues prosaïsmes rabâchés d’aujourd’hui. Que de fois t’es-tu retrouvée, ma douce péronnelle, ballottée au gré des modes imprévisibles !
Maintenant tout va plus vite, et les mots, eux aussi, se sont mis au prêt-à-porter, au clonage, à l’apocope spontanée. « Je cause, tu causes, il cause… »
La plus belle cause, c’est la langue. »

* si un Prof de Français peut m’expliquer pourquoi ressemblé de s’accorde pas en genre et en nombre avec onomatopées, j’en serais très heureuse 😉

 

 

Citation du jour :
« Un seul tout.
C’est peu qu’en un ouvrage où les fautes fourmillent,
Des traits d’esprit, semés de temps en temps, pétillent.
Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu ;
Que le début, la fin répondent au milieu ;
Que d’un art délicat les pièces assorties
N’y forment qu’un seul tout de diverses parties,
Que jamais du sujet le discours s’écartant
N’aille chercher trop loin quelque mot éclatant. »
Nicolas Boileau