Jeudi en Littérature

« Mon chat aime les rats de bibliothèque, les rats des chants, les ratures, les rats d’eau, les erratum, la vérité et les matins doux. » Comme dit mon chat J-M. Sananès

A Lyon, il n’y a pas que la gastronomie. Et ce Lyonnais célèbre ne propose pas que des dictées !

 

Bernard-PIVOTimage du Net

Les mots de ma vie de Bernard Pivot a déjà beaucoup circulé et circule encore. Et c’est toujours un plaisir de lire et relire du Pivot. Merci Annie !

« La vie c’est chiant. J’aurais pu dire, vieillir, c’est désolant, c’est insupportable, c’est douloureux, c’est horrible, c’est déprimant, c’est mortel. Mais j’ai préféré «chiant» parce que c’est un adjectif vigoureux qui ne fait pas triste. Vieillir, c’est chiant parce qu’on ne sait pas quand ça a commencé et l’on sait encore moins quand ça finira. Non, ce n’est pas vrai qu’on vieillit dès notre naissance. On a été longtemps si frais, si jeune, si appétissant. On était bien dans sa peau. On se sentait conquérant, invulnérable. La vie devant soi. Même à cinquante ans, c’était encore très bien. Même à soixante. Si, si, je vous assure, j’étais encore plein de muscles, de projets, de désirs, de flamme. Je le suis toujours, mais voilà, entre-temps j’ai vu dans le regard des jeunes, des hommes et des femmes dans la force de l’âge qu’ils ne me considéraient plus comme un des leurs, même apparenté, même à la marge. J’ai lu dans leurs yeux qu’ils n’auraient plus jamais d’indulgence à mon égard. Qu’ils seraient polis, déférents, louangeurs, mais impitoyables. Sans m’en rendre compte, j’étais entré dans l’apartheid de l’âge. Le plus terrible est venu des dédicaces des écrivains, surtout des débutants. «Avec respect», «En hommage respectueux», Avec mes sentiments très respectueux. Les salauds ! Ils croyaient probablement me faire plaisir en décapuchonnant leur stylo plein de respect ? Les cons ! Et du «cher Monsieur Pivot» long et solennel comme une citation à l’ordre des Arts et Lettres qui vous fiche dix ans de plus !
Un jour, dans le métro, c’était la première fois, une jeune fille s’est levée pour me donner sa place. J’ai failli la gifler. Puis la priant de se rasseoir, je lui ai demandé si je faisais vraiment vieux, si je lui étais apparu fatigué. «Non, non, pas du tout, a-t-elle répondu, embarrassée. J’ai pensé que…» Moi aussitôt : «Vous pensiez que…? — Je pensais, je ne sais pas, je ne sais plus, que ça vous ferait plaisir de vous asseoir. Parce que j’ai les cheveux blancs? Non, c’est pas ça, je vous ai vu debout et comme vous êtes plus âgé que moi, ça été un réflexe, je me suis levée… — Je parais beaucoup, beaucoup plus âgé que vous ? Non, oui, enfin un peu, mais ce n’est pas une question d’âge… -Une question de quoi, alors ? Je ne sais pas, une question de politesse, enfin je crois…» J’ai arrêté de la taquiner, je l’ai remerciée de son geste généreux et l’ai accompagnée à la station où elle descendait pour lui offrir un verre.
Lutter contre le vieillissement c’est, dans la mesure du possible, ne renoncer à rien. Ni au travail, ni aux voyages, ni aux spectacles, ni aux livres, ni à la gourmandise, ni à l’amour, ni à la sexualité, ni au rêve.
Rêver, c’est se souvenir tant qu’à faire, des heures exquises. C’est penser aux jolis rendez-vous qui nous attendent. C’est laisser son esprit vagabonder entre le désir et l’utopie. La musique est un puissant excitant du rêve. La musique est une drogue douce. J’aimerais mourir, rêveur, dans un fauteuil en écoutant soit l’adagio du Concerto n° 23 en “la-majeur“ de Mozart, soit, du même, l’andante de son Concerto n° 21 en “ut-majeur“, musiques au bout desquelles se révéleront à mes yeux pas même étonnés les paysages sublimes de l’au-delà. Mais Mozart et moi ne sommes pas pressés. Nous allons prendre notre temps. Avec l’âge le temps passe, soit trop vite, soit trop lentement. Nous ignorons à combien se monte encore notre capital. En années ? En mois ? En jours ?… Non, il ne faut pas considérer le temps qui nous reste comme un capital. Mais comme un usufruit dont, tant que nous en sommes capables, il faut jouir sans modération. Après nous, le déluge, non ? »

Jeudi en Littérature

« Dieu a inventé le chat pour que l’homme ait un tigre à caresser à la maison. »
Victor Hugo

Les chats motsillustration page 135

Ai-je déjà parlé de ce recueil de textes délicieux d’Anny Dupérey, Les chats mots, illustré par « les silhouettes de chats et les signes calligraphiques de l’artiste Sonja Knapp ?

Chats mots A. Duperey
page 137, texte de Jacques Sternberg « Contes glacés » clic

« Au commencement, Dieu créa le chat à son image. Et bien entendu il trouva que c’était bien. Et c’était bien d’ailleurs. Mais le chat était paresseux. Il ne voulait rien faire. Alors plus tard, après quelques millénaires, Dieu créa l’homme. Uniquement dans le but de servir le chat, de lui servir d’esclave jusqu’à la fin des temps. Au chat, il avait donné l’indolence et la lucidité ; à l’homme il donna la névrose, le don du bricolage et la passion du travail. L’homme s’en donna à cœur joie. Au cours des siècles, il édifia toute une civilisation basée sur l’invention, la production et la consommation intensive. Civilisation qui n’avait en réalité qu’un seul but secret : offrir au chat le confort, le gîte et le couvert.
C’est-à-dire que l’homme inventa des millions d’objets inutiles, généralement absurdes, tout cela pour produire, parallèlement, les quelques objets indispensables au bien-être du chat : le radiateur, le coussin, le bol, le plat à cuire, le pêcheur breton, le tapis, la moquette, le panier d’osier et aussi peut-être la radio puisque les chats aiment la musique.
Mais de tout cela les hommes ne savent rien. A leurs souhaits. Bénis soient-ils. Et ils croient l’être. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes des chats. »

Jeudi en dictée

4 juin : « Il est impossible qu’on ne parvienne point à sentir que dans son chat, on possède un ami de très bonne compagnie. »
François-Augustin Paradis de Moncrif

maîtresse

Les collégiens sont à nouveau au boulot, enfin pour les 4e et 3e si j’ai tout bien suivi. Alors une dictée sera la bienvenue pour cette courte reprise avant les vacances d’été 🙄

 

dictées

Pour la dictée, les Aminautes sont invitées/és à se joindre aux élèves pour plancher sur ce texte savoureux de Bernard Pivot, spécialiste des dictées de concours.

Après l’avoir simplement recopié, je pense avoir mis la barre un peu haut (je me serais trouvé des fautes !)

« Les mots ont la bougeotte. Seuls ou groupés, ils forcent les frontières, passent par-dessus les vallons, les vallées et les puys, s’immiscent dans nos fourre-tout, voyagent avec nos nippes et nos affûtiaux. Voudrait-on les empêcher de s’envoler tous azimuts que cela se révélerait inopérant. Car les mots sont cachés dans notre bouche, embusqués derrière nos quenottes, notre luette et nos amygdales.
Sitôt arrivés à Montréal, à Canberra ou à Kinshasa, à peine avons-nous, les uns ou les autres, desserré les lèvres, que les mots, pressés de s’égailler dans la nature, s’échappent comme des étourneaux. Les mots sont d’infatigables globe-trotteurs.
Ils se jouent des fouilles et des censures. Les mots sont libres comme l’air. Mais, de tout temps, les mots se sont battus pour vivre. Que de verbes et d’adjectifs, frappés d’obsolescence, se sont retirés du trafic !
Que d’onomatopées se sont ressemblé*, concurrencées, apostrophées, nui, exclues ! Que de substantifs caducs et prétentieux de petits-maîtres se sont laissé supplanter par les mots succulents des rastaquouères ! Le vocabulaire détonnant et drolatique des sans-culottes a eu l’heur de régénérer substantiellement la langue. Tes esbroufes d’hier, ô ma langue ! sont devenues prosaïsmes rabâchés d’aujourd’hui. Que de fois t’es-tu retrouvée, ma douce péronnelle, ballottée au gré des modes imprévisibles !
Maintenant tout va plus vite, et les mots, eux aussi, se sont mis au prêt-à-porter, au clonage, à l’apocope spontanée. « Je cause, tu causes, il cause… »
La plus belle cause, c’est la langue. »

* si un Prof de Français peut m’expliquer pourquoi ressemblé de s’accorde pas en genre et en nombre avec onomatopées, j’en serais très heureuse 😉

 

 

Citation du jour :
« Un seul tout.
C’est peu qu’en un ouvrage où les fautes fourmillent,
Des traits d’esprit, semés de temps en temps, pétillent.
Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu ;
Que le début, la fin répondent au milieu ;
Que d’un art délicat les pièces assorties
N’y forment qu’un seul tout de diverses parties,
Que jamais du sujet le discours s’écartant
N’aille chercher trop loin quelque mot éclatant. »
Nicolas Boileau

Jeudi en gourmandise

21 mai : « Une chatte tricolore dans un foyer y garantit le bonheur. »
Proverbe asiatique
proverbe approuvé par Miss Natty !

Natty fenêtre (5)

 

Pendant 55 jours les cuisines ont connu un franc succès, les moules à gâteaux sont sortis des placards et les fours ont surchauffé.

Avec le temps frisquet de la semaine dernière et ce déconfinement trrrès progressif, en plus des gâteaux, on a mijoté des gratins avec une sauce béchamel.

Vous êtes-vous interrogées/és sur l’origine de ce nom ?

Stéphane B. nous explique pourquoi la sauce béchamel doit son existence au Marquis Louis de Béchameil (pages 74-75)

Stéphane Bern

« Après les potages, hachis et panades apportés au premier service, les bouillons, ragoûts, fricassés et pâtés en croûte feuilletés servis au deuxième, vient enfin le troisième service.

Dans une chorégraphie minutieuse, un cortège de gardes apporte alors les rôtis de perdrix, de faisans, de bécasses, de ramiers et de dindons, de poulets et de lapins. Autour de la table on compte quatorze gardes, deux officiers de bouche, le capitaine des gardes du corps et un goûteur.

Ce protocole n’est guère extraordinaire, c’est même ainsi chaque jour ! Rien n’est laissé au hasard quand il s’agit du souper de Louis XIV. Mais c’est un soir particulier. La foule de courtisans qui se presse comme à l’accoutumée pour assister au souper royal a les yeux tournés vers une saucière en argent qui trône au centre de la table : le Roi va goûter une nouvelle sauce faite à base de jus de viande et d’échalotes, mise au point par son maître d’hôtel, Louis de Béchameil.

Ancien financier très avisé et fournisseur des armées du Roi, celui qui fut Marquis de Nointel puis surintendant de la maison du Duc d’Orléans avant de devenir maître d’hôtel du Roi-Soleil n’en est pourtant pas à son coup d’essai Il a en effet déjà su s’attirer les bonnes grâces du Roi, dont la gourmandise bien connue (la légende dit qu’il se rendait souvent malade en mangeant à l’excès des petits pois dont il raffolait) est satisfaite par sa cuisine riche et raffinée.

Ce n’est pas la première fois que Béchameil effectue des sauces pour Louis XIV, mais celle-ci est spéciale. Finalisée dans les cuisine du château de Nointel, dans l’Oise, elle reprend un monument de la gastronomie française.

Sa recette a été élaborée par François-Pierre de La Varenne, cuisinier du Marquis d’Uxelles, et consignée par ses soins dans son ouvrage incontournable publié en 1651, le Cuisinier français. Pour réaliser cet accompagnement, originellement à base de crème, Pierre de La Varenne se serait lui-même inspiré, dit-on, d’une sauce rapportée d’Italie par Catherine de Médicis.

On imagine alors pourquoi notre Louis de Béchameil a les mains moites : s’attaquer à un tel héritage gastronomique. Un aromate de travers et c’est le crime de lèse-majesté !

Mais, on le sait, cette sauce gourmande ravira Louis XIV qui s’en léchera les babines. Il ordonnera d’ailleurs qu’on la fasse servir le plus souvent possible. Forte de l’engouement du Roi-Soleil, cet assaisonnement prendra bien vite le nom de celui qui l’aura revisité, Louis de Béchameil. Ainsi connu sur toute les tables nobles comme la « sauce à la Béchameil », elle se transformera par glissement et par simplification graphique en « sauce béchamel ».

Un succès que jalousera le vieux Duc d’Escars qui déclara, un peu amer : « Est-il heureux, ce petit Béchameil ! J’avais fait servir des émincés de blancs de volaille à la crème plus de 20 ans avant qu’il fût au monde et, voyez, pourtant je n’ai jamais eu le bonheur de pouvoir donner mon nom à la plus petite sauce ! »

manger-bien-bouger

Jeudi en souvenirs

14 mai : « Jamais je ne pus comprendre que la viande n’appartient pas aux chats. »
Maurice Genevoix

 

Les jeudis « littéraires » reprennent. Tout le temps du confinement, un Ami randonneur nous a transmis des textes, histoires, chansons, vidéos et nous invitait à partager avec le Groupe « confinés mais inspirés » nos découvertes et coups de cœur.

Ce texte m’a beaucoup touchée et m’a replongée -une nouvelle fois- dans mon enfance :

grand-mère

Vous souvenez-vous du tablier de votre grand-mère ?

Les mères et grand-mères portaient un tablier par-dessus leurs vêtements pour les protéger car elles avaient peu de robes de rechange.

 En fait, il était beaucoup plus facile de laver un tablier habituellement en coton qu’une robe, une blouse ou une jupe, faites d’autres tissus.

 Le principal usage du tablier de grand-mère était donc de protéger la robe, mais en plus de cela  :

– Il servait de gant pour retirer un plat brûlant du fourneau, bien avant l’invention des « mitaines à fourneau ».

 – Il était merveilleux pour essuyer les larmes des enfants et, à certaines occasions, pour nettoyer les frimousses sales.

 – Depuis le poulailler, le tablier servait à transporter les œufs, les poussins à réanimer, et parfois les œufs à moitié éclos, que maman déposait dans un fourneau tiède afin de faciliter leur éclosion.

 – Quand il y avait de la visite, le tablier servait d’abri aux enfants timides. d’où l’expression : «Se cacher dans les jupons de sa mère».

 – Par temps frais, maman le relevait pour s’y emmitoufler les bras et les épaules, par temps chaud, alors qu’elle cuisinait devant le poêle à bois, elle y épongeait la sueur de son front.

 – Ce bon vieux tablier faisait aussi office de soufflet, alors qu’elle l’agitait au dessus du feu de bois pour le ranimer.

  C’est lui qui servait à transbahuter pommes de terre et bois sec jusque dans la cuisine

 – Depuis le potager, il servait de panier pour de nombreux légumes ; après que les petits pois aient été récoltés, venait le tour des choux.

 – En fin de saison, il était utilisé pour ramasser les pommes tombées de l’arbre.

 – Quand des visiteurs arrivaient à l’improviste, c’était surprenant de voir avec quelle rapidité ce vieux tablier pouvait faire la poussière.

 – A l’heure du repas, grand-mère allait sur le perron agiter son tablier, c’était signe que le dîner était prêt, et les hommes aux champs savaient qu’ils devaient passer à table.

 – Grand-mère l’utilisait aussi pour sortir la tarte aux pommes du four et la poser sur le rebord de la fenêtre, afin qu’elle refroidisse ; de nos jours sa petite fille l’y pose aussi, mais pour la décongeler… Autres temps, autres mœurs !

 Il faudra de bien longues années, avant que quelqu’un invente un vêtement, qui puisse rivaliser avec ce bon vieux tablier utile à tant de choses.

On deviendrait bien fou aujourd’hui rien que de songer à la quantité de microbes qui pouvaient s’accumuler sur le tablier en une seule journée !!

En réalité, la seule chose que les enfants de l’époque aient attrapée au contact du tablier de maman ou de grand-maman, c’est de l’amour.

 

Mes 3 kifs du 13 mai :
Des bulles pour mon Anniversaire
Les masques de courtoisie en tissu de BaBaYaYa
Ouf ! Mamert, Pancrace et Servais sont passés

Sts glace

Corona-journal/J-32 – corrigé du devoir

Google corona virus9

 

Ne piaffez plus, voilà enfin la solution que vous attendiez !
Pas facile mais c’était une bonne révision pour certains départements.
Il m’en manquait 5 : Savoie – Vienne -Gironde – Aisne – Allier

Merci d’avoir joué

J’étais assis au bar en train de boire un CALVADOS tandis que je regardais un clochard faire la MANCHE
Une dame vint s’asseoir à côté de moi ; elle portait un manteau de LOIR et j’en fus impressionné car je sais que le LOIR ET CHER
Nous engageâmes la conversation, et ce qui me charma chez elle furent SAVOIE et ses yeux DOUBS
Au bout de quelques minutes, elle me demanda de monter chez elle. Il fallut donc que je VIENNE et j’acceptai sans crier GARD
Elle ne perdit pas le NORD. Nous entrâmes dans sa chambre, et à peine arrivés, elle se déshabilla … ses seins étaient magnifiques, elle les AVEYRON !!!
En fait cette fille était vraiment GIRONDE et l’on s’amusa jusqu’à l’AUBE.
L’exercice ça CREUSE, aussi, au petit matin, je lui proposai du jambon, du saucisson et du CANTAL
Elle fut si contente de ce petit déjeuner, qu’elle m’appela son HERAULT et me demanda une SOMME que je refusai de payer, trouvant que c’était trop CHER
Elle me fit alors une terrible SEINE et je vis dans ses yeux une terrible AISNE
A cet instant, j’aurais eu bien besoin d’un ALLIER car elle me lança son sac au visage et me donna un coup de pied dans le BAS RHIN
Tout finit par s’arranger, mais avec des histoires pareilles, elle JURA qu’on ne l’y prendrait plus.

Jeudi en gourmandise

C’est le temps idéal pour cuisiner et pâtisser. Certaines bloguinettes en usent et abusent 😉 Non, non, je ne dénoncerai personne !

Alors je suis retourner lire Stéphane Berne ! Dans son choix de Pourquoi sont-ils entrés dans l’Histoire ? j’ai choisi l’histoire de l’intemporelle tarte Tatin (pages 61-62)

Stéphane Bern

Les Soeurs Tatin
Leur doit-on vraiment ce dessert si renversant ?

« Dans le petit village solognot de Lamotte-Beuvron, Fanny et Caroline Tatin tiennent un hôtel-restaurant. Cette auberge est bien connue des chasseurs parisiens, attirés par la région giboyeuse, et de la belle société y faisant escale au cours de leurs voyages sur la toute nouvelle ligne de chemin de fer qui relie Paris et Toulouse. Un dimanche d’ouverture de la chasse, à la fin de l’année 1898, les deux femmes, un peu débordées par l’affluence, auraient malencontreusement enfourné à l’envers leur déjà célèbre tarte aux pommes fondantes. Constatant que les fruits situés en dessous avaient délicieusement caramélisé, elles auraient décidé de la servir telle quelle, pour le plus grand bonheur des clients !

On entend dire que cette histoire ne serait qu’une légende, inventée en 1927 par le grand critique culinaire Maurice Edmond Sailland dans un numéro de son guide La France gastronomique pour amuser les journalistes parisiens. Créée de toutes pièces ou non, cette histoire a le mérite de faire franchir au dessert des Soeurs Tatin -près de dix ans après leur mort- les frontières de Lamotte-Beuvron. Ainsi, dès le début du XXe siècle, les clients du chic restaurant parisien Maxim’s se régalent d’une tarte aux pommes renversée.
On raconte cette fois-ci que le propriétaire du restaurant aurait fait espionner les deux Soeurs pour subtiliser leur recette, tout en baptisant le dessert « tarte des Demoiselles Tatin ». Les fables s’additionnent.

Poursuivons l’enquête. La première version écrite de la recette nous provient de Marie Souchon, institutrice lamottoise et amie de Fanny. Après avoir décrit les étapes nécessaires pour réaliser cette délicieuse tarte -non sans nous donner l’eau à la bouche avec des « bon morceaux de beurre- et une « bonne couche de sucre en poudre »-, elle précise que cette recette « a été inventée par la cuisinière du Comte de Chatauvillard, qui possédait un château à quelques kilomètres de Lamotte-Beuvron et qui a passé la recette à Fanny Tatin »…

Alors, qui croire ? A vrai dire cela n’a guère d’importance, tant qu’il est possible d’en savourer une part ! Aujourd’hui, cette douceur est le plus souvent servie avec de la crème fraîche ou une boule de glace : une hérésie pour les membres de la Confrérie des lichonneux, une assemblée de Lamottois créée il y a tout juste quarante ans avec pour mission de « faire respecter la recette traditionnelle du fameux dessert des Demoiselles Tatin ». La tarte doit impérativement, selon eux, être servie sans accompagnement, on l’aura compris !

Ce qui n’est pas une histoire, en revanche, c’est le plaisir procuré par cette tarte, comme nous le rappelle un article de l’écrivain et homme politique parisien Gabriel Hanotaux, publié en 1899. Ce dernier nous fait revivre, au milieu des bruits de couverts et des éclats de voix, un repas de chasseurs : « le diapason monte, éclate, jusqu’au moment où apparaît la tarte de Mademoiselle Tatin. (…) Un cri de satisfaction part de toutes les poitrines, une joie des yeux va au-devant de la galette triomphale. Elle est découpée, servie, avalée. »

A vos fourneaux ! »

tarte-tatin
image du Net

Comme je n’ai pas trouvé une telle recette chez Miss Gleni, je vous propose un autre blog ICI

Jeudi en Littérature

Philippe Delerm est un auteur de référence pour le Gone du Sud.
J’aime bien aussi cet auteur.
La semaine dernière, durant mes mini-promenades, je délaissais les allées à l’ombre pour marcher au soleil -il ne faut pas oublier de se faire quelques cures de luminothérapie, c’est essentiel pour le moral- et j’ai repensé à l’un des livres de Philippe Delerm, Le trottoir au soleil.

4e de couverture : « A soixante ans on a franchi depuis longtemps le solstice d’été. Il y aura encore de jolis soirs, des amis, des enfances, des choses à espérer. Mais c’est ainsi : on est sûr d’avoir franchi le solstice. C’est peut-être un bon moment pour essayer de garder le meilleur : une goutte de nostalgie s’infiltre au coeur de chaque sensation pour la rendre plus durable et menacée. Alors rester léger dans les instants, avec les mots. Le solstice d’été est peut-être déjà l’été indien, et le doute envahit les saisons, les couleurs. Le temps n’est pas à jouer ; il n’y a pas de temps à perdre. »

En choisissant le côté du soleil malgré toutes les ombres, Philippe Delerm distille dans ces brefs récits le temps qui passe. Il nous livre mieux que personne l’essence de ces petits riens qui composent la vie.

Le trottoir au soleil
J’ai une pensée émue pour tous les futurs mariés obligés de reporter leur cérémonie de mariage. Une vraie cata car un mariage ça se prépare pendant mois et là patatras !
Leur faut tout annuler… Et dans le pire scénario, certains mariages n’auront jamais lieu…

pages 18-19 : On n’est pas invité !

« On en croise les samedis de printemps. Quand il fait beau, on dit : « ils ont de la chance. » Mais c’est une bien plus grande chance de ne pas faire partie du mariage. Rien de pire que le bonheur obligatoire. Tout le monde est là, gourmé, empesé, en petits groupes souriants et gênés sur l’esplanade de la mairie ou le parvis de l’église.
La conversation ne prend pas, car on attend les mariés, dans une focalisation si appuyée que leur apparition muselle un peu les commentaires enthousiasmes. Après la cérémonie, il y a le soulagement de prendre les voitures. Au moins du mouvement, un bol d’air. Les hommes se précipitent dans un élan qui donne un semblant de souplesse au port amidonné de leur costume. « On vous emmène, Christiane ? » Les femmes posent une main sur leur chapeau. Dans l’habitacle refermé, on va enfin se lâcher à grands coups de klaxon. C’est loin ? Non, quelques kilomètres, il y a un jardin au bord de l’eau. Ils y sont venus jeudi prendre les photos. 
Après, il y a les petites tables rondes, et, quand on a trouvé son carton, l’inquiétude d’avoir à estimer l’intensité de la contrainte à la lecture des cartons voisins. Ca, c’est quand on est ami seulement, ou dans la famille éloignée. Il va falloir alors lancer à tout moment des c’est joli, des c’est très bon, et des ils sont très beaux, en lançant les prolégomènes d’une conversation artificielle, si éprouvante quand on se dit qu’on ne reverra sans doute jamais ces gens-là, et qu’il faut pétiller d’assentiment juste pour une fois.
Mais c’est bien pire encore quand on est au coeur de la cible. Les mariés ne savent jamais si tout le monde est satisfait, qu’est-ce qu’elle veut ta mère, elle pense qu’il faut qu’on se lève pour aller faire le tour des tables. Avant, après, il y a d’âpres luttes entre les familles à propos du Sancerre et du croustillant de foie gras. Le montage vidéo souvenir de l’école de commerce réjouit grandement le côté d’Hélène, mais le côté de Christophe est plus pincé, on ne le voit presque pas. Après la pièce montée, la sono suscite des commentaires aigres-doux, mais c’est pratique quand on n’a plus rien à se dire, dans le genre 4 x 4 et marathon j’m’éclate, ils sont gratinés ceux deux-là.
Ca se passe toujours comme ça. Il fait beau. C’est merveilleux, on n’est pas invité. »

Jeudi en Littérature

Ce billet était programmé depuis quelques semaines

Je ne sais plus comment ce petit bijou de livre est arrivé entre mes mains… S’il m’a été offert, que celle (ou celui) qui l’a fait ne m’en veuille pas trop et se manifeste.

NB du 27-03 : Merci Marie-Clo de m’avoir précisé que c’est notre Amie Marie-JoJo qui m’a offert ce livre car elle adore cet auteur. Comment ai-je pu oublier ?…

Ici ça va

Ici ça va de Thomas Vinau*, petit roman de 134 pages, est une succession de chapitres courts -comme les phrases qui nous bousculent, l’air de rien- qui raconte les jours simplement ordinaires d’un couple désireux de redécouvrir le goût de la vie… Une aspiration de beaucoup de gens, plus aisée à dire qu’à faire.

page 64 : « La joie est belle. La joie est simple. Avec le temps je vois ça comme une sorte de sport. De régime. Une discipline. Une acuité du coeur et de l’oeil. Il y a des ressources considérables à puiser là-dedans. De la force. De la beauté. De la vérité. Pourtant ce n’est pas une situation confortable. Elle demande de la vigilance. De la volonté. Pas de forcer les choses, non, mais de faire attention. Il est bien plus confortable d’être négatif. C’est naturel, et on trouve toujours de quoi faire pour se tirer vers le bas. Aujourd’hui je veux faire attention à ce que je vois. A ce que je touche. A ce que je goûte. Aux variations de la lumière. Aux odeurs. Aux mots. Tout à l’heure je suis allé à la pharmacie du village. Les enfants sortaient de l’école. Leurs cris remplissaient tout l’espace. Tout le ciel. Devant moi une petite fille racontait l’histoire d’un lapin à lunettes qui ne veut pas aller se coucher. Je ne suis pas entré dans la pharmacie. Je les ai suivis tranquillement jusqu’à la fin de l’histoire. Du coup je me suis retrouvé à la boulangerie. J’y ai acheté des tartes au citron. Ema adore les tartes au citron. »

Il y a dans ses phrases courtes tous les matins du monde.
Yann Plougastel
Le Monde Magazine

*Thomas Vinau est né en 1978 à Toulouse et vit au pied du Luberon. Auteur de nombreux recueils de poésie dont Bric à brac hopperien (2012) et Juste après la pluie (2014), il se lance brillamment dans la fiction avec Nos cheveux blanchiront avec nos yeux (2011) et Ici, ça va (2012), avant de travailler sur un recueil de portraits : 76 clochards célestes ou presque (Castor astral, 2016). Après La Part des nuages, ils publie son 4e roman, Le Camp des autres.

cerisier (2)

Jeudi en littérature

Avant-propos : ce billet était programmé depuis quelques semaines… Quand je l’ai rédigé, je n’avais pas remarqué qu’il serait publié le jour du Défi du 2O

Monsieur Jean-Paul DUBOIS fête ses septante ans ! Il est né le 20/02/1950, à Toulouse.  Bienvenue au Club !

Le Prix Goncourt lui a été décerné fin 2019 pour son 22e roman Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon.

JP Dubois

L’essentiel pour lui, dit-il, c’est le temps et la liberté. Il veut être propriétaire de sa vie, ni le locataire ou l’actionnaire. Comme ça me plairait d’en faire autant…

Il réclame le droit à la paresse, au bonheur et à la dépression. Paresse et bonheur, je comprends mais dépression, ça ne rime pas avec bonheur, me semble-t-il…

Il ne veut pas de réveil mais se lever quand il n’a plus sommeil ! Tout comme moi !

Son plus, c’est qu’il a un immense talent à entendre mes amies qui lisent ses romans. Il faudrait bien que je m’y colle alors, je n’ai lu aucun livre de cet auteur…

« Histoire d’une vie, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon est l’un des romans les plus aboutis de Jean-Paul Dubois. On y découvre un écrivain possédant au plus haut point le sens de la fraternité et animé par un sentiment de révolte à l’égard de toutes les formes d’injustice. » cf Babélio

Il a dit aussi, lors d’un interview au Figaro (le 3/02/2017) : « Le temps libre que je cultive hors de l’écriture m’est précieux : quand je ne fais rien, je sais que mon cerveau scanne le moindre détail avec attention. Disposer de temps permet d’être attentif, de réfléchir aux choses essentielles de la vie, et le temps à perdre dans ces cas-là nous enrichit de manière considérable. Ne rien faire, c’est réparer, gagner une autonomie intellectuelle, manuelle, etc. C’est une forme d’indépendance de l’usage du monde, une arme fatale, qui change le rapport aux autres. »

Alors, voilà, je suis conquise ! Je vais essayer d’emprunter ce livre au bandeau rouge à ma Coach de Tricot-Crochet, qui l’a lu dès sa sortie en librairie.

Et vous ? qu’en pensez-vous ?
De l’Auteur et de ses romans ?